Le défi du Ventoux : le jour J !! (par Franck D)

samedi 15 septembre 2012
par  M.KERN-GILLARD
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Nous voici donc de retour de notre affrontement sur les routes du Ventoux.
 
 
Donc niveau entraînement le résultat de ce samedi est sans appel et remet beaucoup de théories en cause : finalement le plus important c’est d’avoir des grosses capacités génétiquement, de les développer à fond en étant jeune (NDA : alors les jeunes du club entrainez-vous à fond maintenant après ce sera trop tard pour s’améliorer) puis ensuite de se reposer sur ses lauriers lorsqu’on commence à faire partie des vieux sportifs du dimanche pour être frais sur chaque compet.
En effet Xavier m’a donné une belle leçon alors que je pensais en m’étant bien plus entrainé que lui cet été que j’aurai une chance de le taper même si je savais qu’avec ses capacités physiques et son mental ce ne serait pas une partie facile pour moi. Mais voilà le résultat est sans appel : 1h18mn50 pour lui contre 1h26mn35 pour moi.
Pour reprendre un peu en détail notre « aventure » : elle commence déjà la veille (et même avant) à étudier le profil de la montée et faire un peu des calculs d’estimation du chrono. Depuis quelques temps les skieurs du club qui aiment aller grimper régulièrement ce « géant de Provence » nous avaient donné une petite idée du temps à viser : 1h29mn57 pour Jean-louis Descollonges, le meilleur du club à cet exercice ; il fallait donc viser moins d’1h30, forcément ! On fait chacun de notre côté nos simulations en découpant la montée en 3 étapes clés : les 6,5 premiers km qui sont relativement faciles (entre 2 et 5%) puis le plat de résistance de la montée pour rejoindre Chalet Reynard avec environ 9km oscillants entre 9 et 10,5% ; et enfin le final avec une pente bien moins soutenue à la sortie de Chalet Reynard qui s’accentue au fil des 6,5km restant pour finir à nouveau très dur à plus de 9%. La 2e partie parait difficile à passer à plus de 12-13km/h ce qui fait déjà à coup sûr plus de 40mn juste pour cette partie. La dernière partie là encore avec la fatigue il me parait difficile de rouler à bien plus de 15km/h soit environ 25-27mn pour cette dernière partie. Donc pour viser les 1h25 il faut impérativement passer en moins d’1h au Chalet Reynard ; soit environ 17-18mn à Saint-Esteve fin de la 1e partie ce qui fait quand même partir à plus de 20km/h donc il faudra partir fort quoiqu’il en soit. Et pour faire moins ça me parait quasi impossible il faudrait passer aux alentours de 52-55mn au Chalet Reynard avec encore du jus pour finir fort.
 
 
Le schéma de course bien en tête pour chacun on attaque donc notre périple depuis Malaucène avec un peu plus de 12km pour s’échauffer et rejoindre ainsi Bédoin sur un profil assez vallonné mais magnifique. L’intox joue à fond entre « ouh les jambes sont lourdes » ou « j’ai déjà mal aux jambes » etc… et le rythme où aucun de nous ne veut faire trop d’effort avant d’arriver au pied du Ventoux. Mais 12km c’est avalé quand même assez rapidement et même trop rapidement je trouve car j’aurai bien aimé m’échauffer un peu plus, et nous voici donc à l’approche de la première borne kilométrique qui annonce le pied de la montée. Et on part à fond moi devant, le premier km est avalé en 2mn10 je me dis que c’est bon c’est toujours ça de pris pour la suite de la montée, le 2e km à peu près dans les même temps puis la pente s’accentue, Xavier prend le relais et conserve un rythme très élevé. Je suis alors incapable de lui prendre un relais mais je me dis que ça ira certainement mieux dans les gros pourcentages, sauf que les cuisses commencent déjà à durcir et à faire mal. Passage au km6 en un peu moins de 15mn du coup largement en avance sur mes estimations, c’est toujours bon à prendre ! Mais les jambes font vraiment mal et sont déjà dures comme du béton. Arrive enfin la pente plus soutenue mais là c’est la désillusion le rythme ne ralentit pas autant qu’espéré et je ne peux pas rester dans la roue de Xavier. Je me dis que c’est un mauvais jour physique pour moi et que c’est fini pour moi. Mais bon le chrono était bon sur le début et je suis venu quand même pour ça alors autant tenter de continuer comme je peux. Je suis resté pas très loin de lui un bon moment mais lorsqu’il se retourne et me voit décroché il en rajoute une petite couche. Cependant je suis quand même à près de 12km/h sur ces pentes les plus dures donc pas complètement à la dérive. C’est donc Xavier qui est vraiment plus fort il faut que je continue mon effort jusqu’au sommet pour faire un temps quand même correct mais en même temps il me faut retrouver un second souffle au niveau des jambes et dans ces pourcentages pas le choix il faut que je mette le 3e plateau, ce n’est pas bon pour le moral mais au moins ça me permet de mieux tourner les jambes.
Xavier s’éloigne inexorablement par contre un autre cycliste qu’on avait doublé dans Saint-Esteve me redouble à un rythme à peine supérieur au mien j’essaye donc de m’accrocher. Et ainsi les km les plus durs passent, on s’approche de Chalet Reynard et le chrono est encore bon je fais donc l’effort pour revenir vraiment dans la roue du cycliste à 1km du Chalet, après avoir perdu quelques mètres. Mais juste avant le changement de pente du Chalet il réaccélère et refait à nouveau un petit écart qui aura une grosse conséquence ensuite puisqu’à ce moment un bus sort du parking et s’insère entre nous en me gênant. L’écart est fait et je n’aurai pas la force de revenir sur lui. Cependant le rythme s’accélère légèrement avec la pente plus faible et je fais attention au temps de passage de chaque kilomètre maintenant. Même si je sais que le panneau 0km est au moins 500-600 plus bas que le sommet (et c’est pas terrible car ça fait mal au moral de se dire qu’il en reste plus que ce qu’annonce les bornes kilométriques et en plus on ne savait pas quelle distance il restait après ce km 0 ; là maintenant on sait : 510m) j’ai quasi la certitude de finir sous les 1h30, il faut donc continuer à rouler du mieux que je peux dans cette ambiance maintenant désertique (et donc en plein soleil et chaleur) caractéristique du Ventoux avec le sommet en point de mire et la route qu’on voit presque jusqu’au sommet mais qui en réalité fait des virages qui n’en finissent jamais pour épouser tous les rentrants de la montagne. A un moment je prends même conscience que les 1h25 sont presque jouables en finissant fort mais les 2 derniers km sont trop durs pour accélérer, les jambes et le souffle me manquent.
Alors au global je ne peux pas être déçu de mon temps je suis dans les clous de ce que j’espérais mais par contre forcément la manière me déçoit beaucoup plus je pensais que j’aurai de meilleures sensations que ça et surtout que dans tous les cas on serait quasi ensemble jusqu’à Chalet Reynard et la différence se ferait ensuite sur la partie finale ; jamais je n’avais imaginé que dès le 1er km difficile de la montée je serais incapable de suivre Xavier. Mais voilà la tactique de rouler à fond dès le pied de la montée pour cramer les adversaires a été efficace chez les pros elle l’est aussi à notre niveau.
Du côté de Xavier lui passe proche des 50mn au Chalet Reynard après avoir trouvé un bon rythme qu’il arrivait à maintenir sans se faire trop mal aux jambes dans les gros pourcentages. Et donc dans cette partie finale il reprend encore plus de vitesse avec très vite l’impression qu’il peut passer sous la barre des 1h20. Objectif qu’il réussira donc à atteindre au Sommet de ce Ventoux noyé au milieu des autres cyclistes.
 
En effet dans la partie « Avant la course » j’avais plaisanté sur la présence de France TV etc… mais finalement on a vraiment eu la foule des grandes épreuves. Au début de la montée on double plusieurs cyclistes et même des petits groupes de cyclistes, je me dis que c’est quand même impressionnant la fréquentation de cette montée en week-end mais plus les km défilent et plus on voit et on double de cyclistes qui forment presque une file ininterrompue + quelques-uns qu’on croise à la redescente. Certains ont des plaques de cadre on est donc tombé en même temps qu’une cyclo (on le saura le soir en cherchant sur internet il s’agit d’une cyclo « hollandaise » dont le but est de recueillir de l’argent pour aider la recherche contre les tumeurs du cerveau et dont l’objectif sportif est de faire pour les plus costauds ou les plus fous les 3 montées qui mènent au Ventoux dans la journée) ! Et à partir de Chalet Reynard c’est la folie le parking et les abords du bar-restaurant sont noirs de monde et de vélos de partout et sur la route il y a toujours autant de monde, pour les voitures c’est même un vrai calvaire de rouler. On voit même à partir de là plusieurs photographes sur le bord de la route qui nous prennent en photos puis qui nous demandent notre numéro de plaque et nous tendent un petit bout de papier. On est des stars !
Au sommet c’est un peu moins sympa il y a la vraie foule et il faut quasi slalomer entre les gens pour atteindre la ligne du sommet alors que par définition ce n’est pas forcément le moment où on est le plus lucide.
 
Après quelques petites minutes de récupération, juste le temps de se désaltérer un peu plus, d’enfiler le coupe-vent (car même avec cette météo excellente –chaud et beau – de ce samedi, en haut du Mont Ventoux on sent vite le frais surtout à la descente en vélo) et quand même de discuter un peu avec Xavier de son temps, il ne faut pas tarder de trop car on n’a encore pas fini notre journée ! La 2e montée va forcément être plus longue. La descente côté Malaucène est magnifique, très peu de virages et de la pente permettent d’atteindre des bonnes vitesses et niveau paysages on se régale ce flanc du Ventoux est assez tourmenté et joli et au loin on a souvent une jolie vue panoramique sur les environs.
 
En bas on en profite pour repasser à la voiture refaire le plein d’eau, manger une barre de céréale, etc… et dans la descente j’ai enfin remarqué les panneaux et le maillots Ventoux3 alors j’en déduits que la cyclo doit consister à faire les 3 montées dans la journée, je tente de convaincre Xavier de faire la 3e montée quitte à être là, mais il n’est pas très chaud surtout que ça rajouterait tout de même 50km.
On rattaque la montée de Malaucène et là dès le départ la pente est assez soutenue mais à l’inverse on monte ensemble à un rythme quand même un peu plus tranquille que le début de la 1ere montée. Hors arrêts c’est la première fois qu’on a l’occasion de discuter sur le vélo, enfin pour être plus exact Xavier me fait la conversation et moi je réponds par 1 ou 2 mots à chaque fois en prenant une grande inspiration avant. On roule pas si mal que ça, en tout cas je ne m’attendais pas à aller aussi vite mais pourtant les bornes kilométriques ne baissent pas très vite à notre goût. Puis le tournant de la montée, Xavier a besoin d’une pause pipi, je lui dis que je continue tranquille, je suis convaincu qu’il me rattrapera sans trop de soucis. Sauf qu’autant il avait bien joué le coup tactique sur la 1e montée autant là il choisit le moment juste avant les km les plus durs de la montée. Les pourcentages défilent 10-11-12-12, etc… alors qu’on n’était pas préparé mentalement à ces pourcentages, le descriptif de la montée indiquait plutôt du 9-9.5% au plus dur et en principe une montée plus régulière. J’ai l’impression d’être scotché à la route sans parler que les cuisses font mal voir sont au bord des crampes, mais lorsque je me retourne je vois que Xavier n’est pas bien mieux puisqu’il peine à me rattraper. Lorsqu’enfin la pente s’adoucit Xavier me revient dessus et j’en profite pour m’amuser un peu en lui posant un sac ou plutôt devrais-je dire en accélérant d’environ ½ km/h sur 20m tant mes jambes me rappellent vite à l’ordre. Et à nouveau on repart dans du costaud et là on sait que ce sera jusqu’au sommet comme ça. On est cuit tous les 2, cette montée semble interminable. Même le mental craque Xavier veut faire une pause pour récupérer, j’en rêve mais je vais quand même le faire souffrir un peu de m’avoir tapé et surtout en plus je ne suis pas sûr de repartir plus facilement après alors je joue sur sa fibre sentimentale un « force et honneur » suffit pour savoir qu’on ira en haut sans s’arrêter mais ce sera vraiment en piochant dans nos dernières forces ! D’ailleurs dans les 2 km qui suivent j’ai bien dû regretter 3 ou 4 fois de ne pas lui avoir dit oui pour la pause. Enfin la dernière épingle de la montée arrive, la question (qu’on doit se poser mentalement chacun) alors est de savoir si on se dispute la « gagne » de cette montée en sachant très bien que ça ne veut pas dire grand-chose puisqu’on l’a faite au mental et plutôt dans l’idée de monter ensemble et qu’en plus on est tellement cramer que ce sera à celui qui sera capable d’accélérer sur 10m de plus que l’autre que ça va se jouer . J’en suis encore à me demander ce que je fais quand je vois Xavier accélérer franchement à plus de 200m du sommet. Là il m’achève mentalement, il est vraiment plus fort. Mais en réalité il a été présomptueux de ses forces ou surtout il a mal estimé la distance restante et il se rassoit très vite sur sa selle en remettant « tout à gauche ». J’en profite alors pour le rattraper et accélérer pour le doubler. Voilà au moins j’en aurai eu une, pas la plus significative mais bon le ventoux on l’a bien compris dans tous les cas c’est une montée qui se mérite ! Le temps de cette seconde montée après ce que certains ont jugé être une montée d’échauffement (dans ce cas on a même fait un peu trop chauffé la machine alors dans la 1e montée) : 1h45 (même pas si mauvais que ça vu nos sensations et notre fatigue).
 
Autant dire que ma suggestion d’enchainer avec la 3e montée je ne l’imagine même plus un seul instant. On goûte plutôt une pause fort appréciée sur le goudron chaud. Par contre lorsqu’il faut se relever pour repartir là on joue dans la catégorie comiques ! En me relevant je me prends une crampe au niveau de la cuisse terrible, je crie et gigote dans tous les sens Xavier ne manquant pas de se marrer, mais je réussi enfin à attraper mon pied pour m’étirer la cuisse. Xavier veut alors m’imiter et lui c’est en attrapant son pied que la crampe arrive et c’est à mon tour de rigoler. Une chose est sûre dans la descente on ne va pas faire des relances de folies mais plutôt se laisser « glisser en-bas » surtout qu’il reste encore les 12km vallonné pour rejoindre Malaucène ensuite. Mais entre les 2 un petit arrêt bar s’impose pour un coca qui nous fait rêver depuis un moment, les boissons énergétiques c’est peut-être bon pour avoir justement de l’énergie mais c’est quand même vite écœurant et peu digeste.
 
 
Au final c’est vraiment une belle sortie entre le prestige du Ventoux, la difficulté et les paysages, même les routes sont vraiment agréables et jolies avec un bon revêtement (ça aide aussi certainement à avoir réalisé ces chronos) donc je la conseille volontiers à d’autres mais la double montée attention ça pique les cuisses ou alors il faut vraiment se ménager sur la 1e montée. Et dire que certains (ou plutôt 1 seul a réussi cette folie) font 11 fois la montée en 24h !



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