GTJ 200, au pied du mur

mercredi 15 avril 2015
par  M.KERN-GILLARD
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Au pied du mur !

Et voilà, des mois qu’on s’est inscrit, qu’on y pense et là on y est enfin !
Ce mur c’est les 190km de piste blanche qu’il faudra parcourir en continu et en ski de fond si l’on veut réussir notre challenge qu’est cette GTJ200.
Certes faire du long j’aime plutôt même si mon corps lui sait souvent me dire qu’au bout de 3-4h il en a marre de forcer ; mais pour autant je n’ai pas souvenir avoir déjà skié près de 15h en continu. Donc forcément il y a une petite part de crainte. Et en plus faire ça à 2 ça implique aussi de devoir gérer l’équipe, le niveau, la forme et les fluctuations de forme et de mental de chacun.
On avait déjà eu une belle expérience cet été lors du raid 24h des « chauds patates » mais au final le format 2+1 avec des changements réguliers d’équipiers en course faisait que la gestion de la fatigue était totalement différente. Dès que l’on était assistant sur une des sections on se refaisait assez vite la cerise et en plus quand on reprenait la course on était forcément un peu plus frais que le second équipier qui lui était en course avant.
Et on va dire accessoirement que c’est encore l’occasion
 

Mais pour en arriver à ce 7 mars pffffff que la préparation fut dure !
Dès début décembre on est fin prêt et mentalement à fond pour attaquer la saison de ski. Las la météo en décide autrement et ce n’est qu’aux alentours du 20 décembre que l’on pourra chausser les skis pour la 1ere fois ! Je n’avais jamais chaussé les skis aussi tard ! Et malheureusement je sais très bien que les heures d’entrainement perdues en décembre on ne les rattrape pas ensuite car les WE de janvier février les autres années on skiait aussi et la semaine éventuellement on doit aller au boulot.
Ensuite ce n’était pas au programme mais j’ai dû faire un petit intermède WSOC en Norvège pour 1 course et 2 jours de voyage. Certes avec grand plaisir de retrouver le niveau international sur une course de skiO de folie par sa technicité mais malheureusement ce court séjour et je pense particulièrement les voyages train/avion/aéroports m’ont permis de gagner une belle toux et un bon rhume qui m’a complètement mis à plat.
A peine remis nous avions prévu un WE de préparation de cette GTJ qui devait notamment nous permettre de reconnaitre toute la partie nord de la GTJ de Bellefontaine à Le Chauffaud que je connais très peu, même si pourtant mon père nous y a emmené des années durant dans nos jeunes années pendant les vacances scolaires d’hiver. Mais ce WE « reconnaissance » ça a été LE week-end boulet de l’hiver ! C’est impeccable comme préparation mentale !
Départ tôt de la maison pour se retrouver en principe à 9h30 à Chapelle des Bois pour pouvoir faire la traversée le samedi et être plus cool le dimanche sur les pistes de Chapelle. Notre assistant tout juste de retour de sa folle traversée des Escartons en ski nordique était aussi de la partie pour être au maximum en configuration GTJ200 (tests ravitos, visualisation des lieux de ravitos, des routes, de la piste, etc…). De notre frontière iséro-savoyarde on rejoint le Jura par les petites routes donc pas d’inquiétudes pour nous mais du côté de Lyon il pourrait bien y avoir des bouchons. Les filles au lieu de jouer leur rôle de copilote s’envoient texto sur texto pour savoir qui avance comment, qui est où…
On passe Bellegarde et on attaque à monter et très vite la neige fait son apparition et les premiers soucis apparaissent. Devant nous ça roule au ralenti. Jusqu’à Lelex on prend du retard et je commence à râler. On arrive quand même sur la route des Rousses et là à nouveau ça roule au pas et même après la traversée des Rousses ça ne va à peine mieux ; là je commence à être vraiment agacé. Pourtant je ne le sais encore pas mais c’était la meilleure partie du voyage ! Un peu avant d’arriver à Morez on est carrément stoppé ! Il nous faudra plus de 2h30 pour rejoindre l’embranchement de la route de Bellefontaine ! Là au moins j’ai dépassé le seuil « je râle », pour essayer de voir le côté positif après-coup. Donc on arrive à Chapelle des Bois à 9h… pardon 12h30 !!!
Notre projet de GTJ chapelle – Chauffaud autant dire que c’est mal engagé. En plus ça neige toujours fort et donc les pistes sont très vite recouvertes. On décide donc de modifier notre WE et de faire la GTJ le dimanche et d’aller skier sur Chapelle et Pré-poncet le samedi. L’idée est quand même d’aller jusqu’à chez Liadet pour pouvoir partir de Mouthe le dimanche matin. Et donc on part en direction de Pré-poncet sans trouver la GTJ. Bien sûr neige tombante on n’a pas une glisse terrible. Arrivé à Pré-poncet on trouve la GTJ mais cette fois elle n’est pas tracée de la journée donc inutilisable. On prend une piste de la station en parallèle et on avance comme on peut. On tombe alors sur une autre piste indiquée GTJ. Parfait mais bizarre elle n’est pas du bon côté et toujours pas bien damée ! On se fait une belle descente (enfin quand ça glisse elle doit etre sympa) et en bas je trouve un panneau GTJ Chapelle. Horreur je comprends qu’on a pris la GTJ à contresens ! Donc demi-tour et on remonte ce qu’on vient de descendre. On avance jusqu’à … arriver à 1 cul-de-sac. Je n’avais encore jamais connu ça. La dameuse s’est arrêté et a fait demi-tour ! Fin de la piste perdu en plein milieu des bois très loin de chez Liadet ! On finit par rejoindre une piste bleue bien sympa mais vraiment elle aussi perdue au milieu de la forêt. Il est temps de rentrer vers Chapelle. Dans ce sens on trouve la GTJ qui passe en réalité dans la combe des Cives, toujours bon à savoir. Repas et dodo dans un gite agréable mais sans trop de chauffage (il y a une belle et grande salle intitulée Sechoir mais sans chauffage) mais avec un patron qui nous traite de fou quand on lui dit qu’on veut une bouilloire ou de quoi chauffer de l’eau pour déjeuner à 6h, histoire de pouvoir faire notre traversée sans finir à point d’heure. Le matin au moins il ne neige plus donc on a une chance que les pistes soient correctes. Voiture jusqu’à Mouthe au pied des pistes d’alpin. Mon père nous dit impeccable la GTJ est tracée nickel et part un peu plus haut pour monter vers le mont d’or. Et on attaque la montée effectivement top à la lueur de nos frontales neolumen ! Tiens bizarre elle recoupe la piste d’alpin et il n’y a pas de jalon GTJ… 25mn plus tard nous voici… au sommet des pistes d’alpin de Mouthe ! Plus qu’à redescendre pour tenter de trouver la bonne piste. Ça commence bien ! Effectivement on trouve la piste et donc cette fois on attaque la bonne montée. Longue mais régulière et plutôt agréable même si lors de la GTJ avec les bornes dans les pattes on va la trouver dur. Sur le haut bingo comme la veille la dameuse s’arrête net et est repartie dans l’autre sens ! C’est beau la GTJ inter-stations ! Et nous voilà à pousser sur les bras dans 30-40cm de peuf ! Marrant mais pas idéal pour avancer vite. On finit par retrouver les pistes et on savoure 2km avant à nouveau de voir le panneau GTJ continuer hors-piste. Là on apprécie nettement moins la répétition de la blague surtout que ça monte ! On arrive à une route et je me dis qu’on a intérêt à la prendre au moins ce sera tassé. Et nous voilà à descendre sur la route pour arriver au départ des pistes pour voir sur le panneau qu’il faut remonter par les pistes quasi d’où on vient ! Avant d’attaquer la descente sur Métabief. Bilan on arrive à Métabief 3h plus tard au lieu des moins de 2h prévu ! Après une petite traversée de Métabief en voiture on attaque la remontée vers les Fourgs. Là au moins c’est bien damé alors on apprécie. On passe le stade des Seignes noir de skieurs dans tous les sens avec une grosse compet ! Et peu avant d’arriver aux Fourgs à nouveau un souci de panneautage donc un peu d’hésitation sur la piste mais on finit par arriver au foyer de ski à peu près correctement. Arrêt ravito puis on repart. Et là la grande spécialité GTJ un panneau sur la piste puis celle-ci se sépare en 2 sans panneau ! Tentative d’appel à un ami mais là c’est le téléphone qui merde. On finira quand même par apprendre que la bonne piste est celle de gauche mais toujours un doute car aucun panneau pendant un moment. Piste vallonnée plutôt sympa jusqu’au Tillau mais toujours pas très rapide au niveau glisse. Et là plus de piste et surtout plus de panneau GTJ. Là encore option route et on finit par retrouver les panneaux mais sans damage. A priori cette fois c’est normal on attaque la descente non damée prévue à pied. Je passe à l’arrache en ski mais Xavier goute assez peu à ce ski-cross. En bas à nouveau pas de panneau pour savoir où aller. Je choisis l’option à droite. Pas de chance il fallait aller à gauche. On finit par faire un grand détour mais on arrive sous le pont de la voie ferrée où mon père nous attend. Il est déjà tard on se dit qu’on s’arrêtera probablement à Chateleu donc avant la partie finale plutôt descendante. Et on attaque la bosse de Verrières. Là celle-là elle est costaude et va faire très très mal ! C’est long mais vraiment très joli et agréable jusqu’à Chateleu malgré le ciel gris mais à nouveau on hésite à 2-3 endroits sur la piste à prendre. On ne connaitra pas la fin du parcours mais en tout cas cette reconnaissance a été très utile pour avoir une meilleure vision de la piste et prendre conscience que ce sera dur physiquement notamment pour atteindre notre objectif de mettre moins de 15h.
Ensuite il est temps d’affiner les préparatifs et notamment la partie ravitaillement : après de nombreux échanges et les tests + une « réunion » chez Xavier à 19h en plein centre-ville de Lyon (pas mal également pour optimiser les heures de voiture !) on opte pour coca (valeur sûre en raid), thé et soupe chauds + eau et eau gazeuse en complément côté boisson. Pour l’alimentation ce sera quiche, jambon (estimation 30 tranches !) et polente pour avoir du salé et éviter de saturer en sucré + bien sûr barres de céréales, gels, fruits, fruits secs, compotes, chocolat. Tout ça dans des caisses séparées (boisson, salé, sucré, fruits) pour pouvoir piocher ce qui nous convient à chaque ravito car ça parait compliqué de savoir à l’avance ce dont on aura envie à chaque ravito.
Reste plus qu’un paramètre à observer à quelques jours de cette course et pas le moindre en ski de fond : la météo. A J-10 on commence à avoir les premières tendances qui ne sont pas bonnes, le vendredi à J-7 c’est même confirmé la catastrophe : pluie le lundi (ça très bien pour durcir la neige et la rendre glissante) puis neige quasi tous les jours jusqu’au samedi inclus ! Il faut vraiment envisager de se préparer à un très long combat mental avec du froid et de l’humidité et surtout une neige qui ne glisse pas et qui brasse. On envisage même dans ces conditions de revoir les temps de passage sur la base de 18h de course au lieu de 15h ! Le coup est rude mais pour positiver je me dis que quitte à faire un truc de fou autant que ce soit le summum de la folie !
Et puis les joies de la météo, déjà le dimanche, certaines météo commencent à évoquer la possibilité que l’anticyclone l’emporte à partir du mardi. Et le lundi c’est sûr, pluies fortes le lundi puis anticyclone de saison tout le reste de la semaine ! La météo idéale en somme ! En 3 jours on est passé du pire au meilleur ! Et à vrai dire dans ce sens on ne s’en plaint pas, au moins on peut se dire que mentalement ce sera agréable et qu’il y a un équilibre après avoir eu une préparation très difficile on aura une course « facile ». A nous d’être costauds physiquement.
Le dernier souci, peu important, c’est de savoir sur quelle distance réelle on devra être costaud. La communication des organisateurs porte uniquement sur 200km mais il est évident que cette édition on sera au-dessus de cette distance minimisée : ils annoncent par exemple 1km entre le départ de Giron et la Frasse départ habituel des pistes de ski. Or ce n’est pas trop le cas c’est plutôt 2.5-3km et pas vraiment tout plat !